• Arbitrage : lumières sur une fonction obscure

    Rôle central dans le sport professionnel et amateur, l’arbitrage cristallise les critiques, déchaîne les médias, sert d’exutoire aux joueurs et managers mais suscite également de la passion. Ce domaine a considérablement évolué pour répondre aux attentes du sport business. C’est désormais un univers composé de plusieurs instances qui agissent à des niveaux différents : de l’arbitre sur le terrain sportif jusqu’au conciliateur du CNOSF en passant par le TAS (Tribunal Arbitral du Sport). Bien présente dans l’univers du sport business, la notion d’arbitrage s’est également faite une place dans le management d’entreprise.

    L’arbitrage pour le respect de l’équité

    L’arbitrage est un mode de gestion des conflits qui permet de précéder la justice classique sans pour autant s’y soustraire. On le retrouve dans beaucoup d’organisations et de domaines. Il est fréquent dans les contentieux financiers et vise à faire respecter l’équité et à réguler les litiges. C’est une notion essentielle dans le management d’entreprise car il peut agir sur la gestion économique. L’exemple de « l’affaire Tapie » illustre parfaitement l’importance de l’arbitrage dans la sphère financière puisqu’un tribunal arbitral a été mis en place à la suite des échecs de la justice classique.

     
    Le TAS est désormais indépendant pour garantir sa neutralité et son indépendance

    La professionnalisation du sport a conduit à la création d’entités ad hoc pour traiter les cas sportifs. Ce sont les entités olympiques qui ont impulsé cette dynamique dès les années 1980 avec la création du TAS (Tribunal Arbitral du Sport) sous l’impulsion du CIO (Comité International Olympique). S’il était financé et reconnu par le CIO dans un premier temps, le TAS est désormais indépendant pour garantir sa neutralité et son indépendance, valeurs indispensables pour juger les affaires qui lui sont soumises. Ce Tribunal est souvent perçu comme le dernier recours dans les instances sportives. Il traite les litiges disciplinaires et commerciaux du sport business, à travers le monde. Il est souvent sollicité pour les affaires de corruption et de dopage. C’est lui qui a rejeté l’appel des athlètes Russes qui souhaitaient participer aux derniers JO d’hiver, prenant une décision d’une grande importance pour le mouvement sportif mondial.

    Sur le territoire français, les litiges sportifs atterrissent régulièrement devant la commission de conciliation du CNOSF. Cette commission arbitre la plupart des litiges entre des entreprises, des fédérations, des joueurs et agents sportifs. C’est cette commission qui a traité le cas de la montée en Ligue 2 du club de Luzenac en 2014. L’avis consultatif, un temps favorable au club Ariégeois s’est finalement rangé du côté de la LFP et l’a débouté dans sa quête d’accession.

     
    Ces instances propres au champ sportif ne se substituent pas à la justice civile

    Ces instances propres au champ sportif ne se substituent pas à la justice civile mais agissent parfois en complément. Les soupçons de corruption qui visaient Michel Platini ont été traités d’une part par le TAS et d’autre part, par la justice civile Suisse. Et les résultats sont pour le moins contradictoires, entre la suspension de 4 ans de la FIFA confirmée par le TAS et le non-lieu rendu par la justice Suisse. Dans ce cas précis, la décision arbitrale du TAS est mise à mal et la justice dite classique risque d’emporter la décision finale sur ce dossier. Bien que l’arbitrage soit régulièrement utilisé dans les litiges sportifs, il n’est pas toujours la solution la plus efficace et reste soumis à différentes influences.



    Photo : Michel Platini quittant le TAS (c) Fabrice Coffrini (AFP)

    Les évolutions technologiques au service de l’arbitrage

    L’arbitrage dans les compétitions sportives garde pour essence la gestion des conflits et la régulation des relations entre les acteurs. Pour garantir l’équité des compétitions sportives et pour suivre la professionnalisation intense des sportifs, l’arbitrage doit également trouver des pistes d’amélioration. Deux grands événements sportifs ont vécu une révolution majeure en matière d’arbitrage avec l’introduction de l’assistance vidéo : La Coupe du Monde de Football et le Tour de France Cycliste dans lequel un coureur (Gianni Moscon – Sky) a été exclu après assistance vidéo.

     
    Cette assistance à l’humain a permis de réduire les zones d’incertitudes

    La vidéo est déjà une aide de poids dans d’autres sports. Que serait un match de rugby sans ses arrêts vidéo qui sont presque vécus comme des animations par les spectateurs et téléspectateurs ? Le tennis ne peut plus se passer de son fameux hawk-eye tant ses ralentis sont éclatants de vérité et ses réponses apportées au jeu incontestables. Cette assistance à l’humain a permis de réduire les zones d’incertitudes et de garantir un spectacle le plus équitable possible en lien avec les valeurs du sport.

     
    Il s’agit d’une décision humaine qui est prise derrière chaque visionnage vidéo

    On distingue dès lors deux types de situations dans l’utilisation de la vidéo : celles où elle décide avec valeur de vérité absolue (la balle de tennis qui touche la ligne, le ballon de foot qui entre dans le but…) puis les actions qui font entrer l’humain en jeu. Au-delà des actions des joueurs capables d’induire volontairement l’arbitre en erreur par des comportements déviants, il s’agit bien d’une décision humaine qui est prise derrière chaque visionnage vidéo, avec ses subjectivités, ses émotions et ses perceptions. La critique s’empare bien souvent de cette faille humaine.

     
    Le législateur a doté l’arbitre d’une mission de service public

    Pour lutter contre les incivilités envers les juges et arbitres, le législateur, par la loi n° 2006-1294 du 23 octobre 2006, a doté l’arbitre d’une « mission de service public » ce qui punit plus gravement les atteintes à son encontre.

    Une vocation valorisée

    « On n’a pas le même maillot, mais on a la même passion ». Derrière ce puissant slogan devenu mythique, la FFF lançait une grande opération de recrutement pour la fonction d’arbitre. Acteur indispensable au déroulement du jeu, la 3F avait compris, très rapidement qu’un déficit d’arbitre pourrait nuire à son développement. C’est tout l’enjeu des fédérations que de séduire de nouveaux arbitres pour épauler les 246 000 que compte notre territoire*.

     
    La passion au cœur de la stratégie de recrutement

    C’est cette notion de passion qui va être au cœur de la stratégie de recrutement, où comment vivre sa passion, être utile à son sport, dans un autre rôle que celui de joueur. Pour cela, on peut citer le bon exemple de la FF Handball qui encourage la création d’écoles d’arbitrage dans les clubs afin de donner une structure pour accompagner l’initiation à l’arbitrage dès le plus jeune âge en parallèle de l’apprentissage du jeu.

    L’arbitrage bénéficie d’un sponsor de choix avec La Poste qui s’investit auprès de cette corporation depuis plus de 10 ans, dans 4 sports collectifs majeurs (foot, basket, rugby, hand). Pour mettre en lumière ce rôle, La Poste organise, chaque année, les journées de l’arbitrage qui permettent de mettre un coup de projecteur sur les « hommes en noir » à l’occasion des rencontres sportives professionnelles le temps d’un weekend.

    Au total, ce sont 58000 arbitres de ces 4 sports qui sont accompagnés chaque année par le groupe français qui y voit un engagement en lien avec son activité de terrain et d’utilité publique.



    Photo : Journée de l'arbitrage 2017 (c) tousarbitres.fr

     
    120 000 jeunes arbitres s’initient grâce à l’UNSS

    Dans la promotion du rôle de l’arbitre, l’UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire) joue un rôle clé. Avec près de 120 000 jeunes arbitres tous sports confondus *, elle représente un vivier de choix pour les différentes fédérations.

    L’autre enjeu auquel les fédérations font face est désormais celui de la féminisation. Si les dynamiques sont lancées pour féminiser la pratique (exemple du football que l’on évoquait récemment), le cas de l’arbitrage n’en est qu’à son balbutiement. D’après l’AFCAM, il y a 26% de femmes arbitres tous niveaux et tous sports confondus avec une représentation très hétérogène (2,5% dans le football et 90% dans la gymnastique). Mais le formidable vivier qu’est l’UNSS est une véritable opportunité pour la féminisation de l’arbitrage avec près de 45% de jeunes filles parmi ses membres.

    C’est désormais aux instances sportives de poursuivre les efforts pour développer l’arbitrage à tous les niveaux afin qu’il soit un outil d’éducation dans le sport et qu’il reste le garant du spectacle.



    Photo : Les soeurs BONAVENTURA, premières femmes à arbitrer un championnat du monde masculin de handball (c) FFHB

     
    * Rapport 2017 de l’AFCAM (Association Française du Corps Arbitral Multisports)

    . Filmographie : Kill the Referee – les arbitres

    . Photo article : Test vidéo sur des matchs de football aux Pays-Bas (c) Presse Sport

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