• Caritatif : le Sport passe à l'action !

    Le sport a cette capacité de fédérer, de réunir des personnes autour des mêmes valeurs, des mêmes passions. Il est vecteur d’émotions fortes et créateur de liens sociaux. Il peut prendre de multiples aspects et s’associer à de multiples causes. En outre, il est souvent et de plus en plus, sollicité par des associations caritatives. Pourquoi ces dernières tissent d’étroites relations avec le sport ? Comment cela s’articule-t-il ? Quel sont les atouts et les limites de cette convergence ?

    De la volonté de s’ouvrir à l’autre

    Le sport et le caritatif se sont réunis dans un contexte de prise de conscience de notre responsabilité sociale. Après des années de surconsommation, de priorisation des problématiques économiques et financières et notamment des problématiques de rentabilité, la tendance s’est rééquilibrée.  Aujourd’hui, les entreprises et organisations s’efforcent de remettre l’Humain au cœur des enjeux. 

    En effet, le sport s’est, à plusieurs reprises, illustré par son comportement irrespectueux, irresponsable et parfois même inhumain. L’homophobie, par exemple, est encore très présente. 41% des joueurs professionnels ont exprimé une opinion hostile à l’homosexualité. Elle est un tabou chez 63% de ces derniers.  A l’échelle des clubs les nombreuses affaires de racisme avec, en point de mire, la fameuse affaire des jets de bananes et cris de singes, remet en question les valeurs fondamentales de respect et d’universalité du sport. Ainsi les entreprises et organisations sportives ont décidé d’associer plus fréquemment des critères sociaux à leurs actions. Et même si l’on est encore loin de l’état d’esprit anglosaxon, cela va de pair avec un investissement croissant de la population française pour les causes caritatives. En effet près de 60% des français font des dons caritatifs.

    Les associations caritatives rencontrent, quant à elles, des problématiques de taille : engagement plus individualiste, restrictions budgétaires, essoufflement du militantisme. Pour pallier à ces dernières il a fallu, sans renier leurs valeurs fondamentales, faire un audit de leur fonctionnement et se tourner davantage vers des méthodes professionnelles. Ainsi, pour survivre et continuer de fonctionner, la plupart des associations ont eu recours au marketing. Rapidement, il est devenu évident que les valeurs du sport et du caritatif présentaient des similitudes telles que l’engagement, la non-discrimination, l’universalité, la solidarité ou encore l’humanité. 

    De plus, le sport et les organisations sportives possèdent, pour la plupart, une grande portée médiatique, une stratégie de communication élaborée et une attractivité d’un public jeune et dynamique. Pour les associations, collaborer avec le sport est devenu un moyen de faire parler de leur cause dans des proportions démultipliées et de sensibiliser, éduquer et recruter des ressources humaines dès le plus jeune âge. De la prise de conscience sociétale du milieu sportif et de la structuration du monde associatif est née la collaboration gagnant / gagnant du sport et du caritatif. 

     

    Des paroles aux actes

    Il y a de multiples moyens d’associer sport et caritatif mais 4 pratiques se distinguent :

    • La création d’événements sportifs à but caritatif

    • L’association d’une cause caritative à un événement sportif déjà existant

    • La création de fondation

    • Le parrainage d’une association caritative par un sportif de haut niveau 


    « Mets tes baskets et bats la maladie ! »

    L’exemple choisi pour illustrer cette pratique est celui de l’association ELA. Cette association trouve son fondement dans un regroupement de parents unis contre les leucodystrophies. Les objectifs sont clairs :

    Son fondateur et ancien professeur d’éducation physique et sportive, Guy ALBA, a utilisé le sport, et notamment le running, en créant, en 1994, l’événement « Mets tes baskets et bats la maladie ».

    En proposant un événement sportif « clé en main » aux écoles et aux entreprises d’Europe, Guy ALBA, a donné une envergure internationale à son événement et à sa cause. Il s’agit d’une course durant laquelle les participants prêtent symboliquement leurs jambes aux personnes atteintes de la maladie qui ne peuvent plus s’en servir.  Au préalable, ils recherchent dans leur entourage des personnes qui acceptent de récompenser leur effort sportif au profit d’ELA en effectuant un don ou une promesse de don via des supports fournis par l’association.

    Grâce au sport et à ses valeurs qui permettent un véritable engouement de la population pour les événements sportifs de ce type, "Mets tes baskets et bats la maladie" a récolté 26 millions d’euros dont la moitié est consacrée à la recherche médicale et à l’accompagnement des familles.

    Un bel exemple d’utilisation du sport comme relai des valeurs sociétales d’entraide et de soutien.

    L’UEFA, L’O.M, Les Lutins de C.lyne, même combat !

    Ce vendredi 29 juin 2018, les AMOSciens nantais ont participé au « Parcours des Epicuriens ». A cet événement de golf atypique, alliant pratique du sport et gastronomie, est venue s’associer « Les Lutins de C.lyne », association parrainée par Olivier GIRAULT, Champion du Monde de Handball et Président de la Ligue National de Handball. Ce dernier nous confiait :

     
    Le sport est vecteur d'échanges, de partage, de dépassement de soi et de collectif. Le sport amateur est souvent associatif donc, entre association, on se doit d’échanger et de mutualiser nos forces de manière bienveillante.

    Aujourd’hui, d’anciennes associations sportives devenues des géants sportifs comme l’Olympique de Marseille par exemple, continuent d’impliquer les associations caritatives dans leur fonctionnement. En effet, récemment, l’OM avait reversé l’intégralité des recettes du match OM- Nantes à l’UNICEF.

    A l’échelle internationale, l'UEFA et les Nations Unies organisaient conjointement, en février dernier à Genève, en Suisse, un match caritatif en faveur des enfants défavorisés à travers le monde. Ce match de gala réunissait plusieurs grands noms du football, comme Carlo Ancelotti, Didier Deschamps, Luis Figo, Robert Pirès, Youri Djorkaeff, Christian Karembeu, David Trezeguet, Robbie Keane ou encore Nuno Gomes.

    D’autres actions « d’urgence » ont également été mises en place pour répondre à des besoins immédiats de population en difficulté. C’est le cas du club de football de Dourdan qui, en 2017, a organisé une collecte de cahier et de stylos pour les sinistrés de Grigny ayant tout perdu dans l’incendie d’un immeuble.

    Les entités sportives sont donc en mesure, de reverser les fonds d’un événement existant à des associations ou même de créer un événement dédié pour renforcer leur soutien à la cause caritative.

    Des fondations sportives pour promouvoir l’insertion et l’éducation

    Qu’elles soient initiées par des sportifs engagés ou par des clubs professionnels,  les fondations ont pour but d’utiliser le sport et sa pratique dans l’optique de promouvoir l’insertion et l’éducation par le sport et de venir en aide à des causes caritatives. 

     La Fondation Alice Milliat (1) est la première fondation Européenne en faveur du sport féminin. Récompensée par le programme Erasmus+ Sport, elle a financé la première journée européenne du sport féminin le 7 mai 2016. Elle axe son travail autour de 3 missions d’envergure :

    • Fédérer toutes les initiatives envers le sport féminin

    • Conseiller les associations/fédérations/clubs dans leur choix de développement du sport féminin

    • Financer des projets


    Elle porte notamment des projets comme « Le Tournoi des Reines », premier tournoi caritatif international de rugby à 7 exclusivement féminin, ou les « Ateliers Thérapeutiques d’Escrime », opération dédiée aux femmes ayant été victimes de violences sexuelles dans leur enfance.

    L’Olympique Lyonnais, pour sa part, a créé en 2007 : O.L. fondation. Présidée par l’ancien attaquant du club, Sonny ANDERSON, elle propose aux supporters de « l’OL Les Gones » de faire des appels à projets dans 4 domaines distincts : sport, culture / social, éducation et santé. Après une étude minutieuse des demandes par un jury composé de salariés du club de football, les projets « coup de cœur » se voient soutenus et mis en valeur par la fondation. Pour Wendie RENARD, joueuse défensive du club, " C'est une belle occasion de réunir toute la famille OL autour des valeurs de solidarité et d'engagement, et d'en faire bénéficier les associations de nos supporters".

    Alice Milliat (1884-1957) est une Nantaise qui a osé créer les 1 ers JO Féminins dans les années 1920 contre l’avis de Coubertin et qui ont eu un succès international remarquable jusqu’à leur suppression en 1936 à la veille des JO de Berlin. Une résidence porte son nom à Nantes.

    Mets Teddy au tapis 

    Nombreux sont les sportifs de haut niveau qui deviennent ambassadeurs d’une cause qui les touche particulièrement. Marie-Amélie Le Fur, championne paralympique du 100 mètres, prête son image à Telmah, un fonds de dotation qui a pour but de faciliter la pratique des activités physiques et sportives par les handicapés et notamment les plus jeunes. Elle a elle-même, par le passé, bénéficié du soutien de l’association pour l’achat de ses prothèses de sport.

    A la suite d’une rencontre avec un enfant en phase terminale dont le rêve était de rencontrer Tony PARKER, le basketteur est devenu ambassadeur de l’association MAKE A WISH. Cette dernière apporte un peu de bonheur à des enfants âgés de 3 à 17 ans atteints de maladies graves en réalisant leurs vœux. Aujourd’hui très investi, Tony PARKER prête son image à l’association et continue de réaliser le rêve de dizaines d’enfants.

    Teddy RINER, quant à lui, est le parrain emblématique de l’institut IMAGINE qui lutte contre les maladies génétiques. En amont des Jeux Olympiques de 2016 le judoka avait même proposé un événement « mets Teddy au tapis, pour lutter contre les maladies génétiques ». Cette journée complète a permis aux heureux participants de petit déjeuner avec Teddy RINER et d’en apprendre plus sur IMAGINE et les maladies génétiques. Puis ils ont eu le droit de se confronter à lui et de tenter de le mettre « au tapis ». Enfin ils ont pu assister à l’un de ses entrainements spécial J.O. Une belle démonstration d’activation de parrainage d’une association par un sportif de haut niveau.

     

    Où se situe la limite et comment la dépasser ?

    Olivier GIRAULT nous confiait : « il ne devrait pas y avoir de limites à partager des émotions et du temps avec des œuvres caritatives » et il est évident que, si la prise de conscience est récente, les engagements sociétaux se sont démultipliés dans le monde du sport au cours des dernières années. Nous ne pouvons cependant pas ignorer certaines dérives de ces actions. En effet, certaines associations sportives utilisent leur engagement caritatif dans l’unique but de redorer leur image sans réel intérêt ou engagement outre mesure pour la cause. Les « actions d’urgence », aussi louables soient-elles, ne règlent finalement pas le problème de fond. Mais les pratiques et mentalités changent.

    Les Millennials sont connus pour être de véritables précurseurs et des « digital natives » il ne faudra pas attendre longtemps avant qu’ils continuent et améliorent le travail, déjà bien amorcé, de collaboration entre le monde du sport business et le milieu caritatif.

    Aujourd’hui, la prise de conscience est réelle, et demain, les actions mises en place seront toujours plus adaptées et novatrices. Faisons confiance à cette « génération Y », qui ne semble pas avoir besoin de se normaliser par rapport au monde, pour donner un coup de pied dans la fourmilière !

     

    Merci à Olivier GIRAULT pour son témoignage enrichissant.

    Article rédigé par Candice LACHAL, Chargée de développement AMOS Nantes.

    Légende Photo : Course Enfants sans Cancer 2014

     

    Sources :

    « En quoi un événement sportif est-il, de nos jours, exposé à des enjeux de responsabilité sociale et de développement durable autant que sa vocation économique » -Anthony DROUHIN

    « Le marketing des associations caritatives » -Héloïse BARBIER

    « Les limites de l’aide humanitaire » - Philippe REYMOND, Jonas MARGOT, Antoine MARGOT.

    « Alice Milliat la passionaria du sport féminin » André DREVON (Vuibert)

    http://www.sports.gouv.fr/prevention/incivilites-violences/S-investir/Participer-a-la-campagne-CoupdeSifflet/CoupdeSifflet/Coup-de-Sifflet-contre-l-homophobie-dans-le-sport/article/Chiffres-cles-de-l-homophobie-dans-le-sport

    http://ela-asso.com/

    http://www.institutimagine.org/fr/

    http://www.makeawishfrance.org/

    https://www.fondationalicemilliat.com/

    https://www.olweb.fr/fr/club/ol-fondation-154.html

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/10/03/20002-20161003ARTFIG00098-les-francais-restent-genereux-malgre-la-crise.php

    https://blogs.letemps.ch/elio-panese/2015/11/06/les-millennials/

     

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