• La Cité des Gones et des Lyonnes !

    La Cité des Gones et des Lyonnes !
    Dans le précédent numéro de Sport Business Review nous avions présenté le parcours de Yann Cucherat, adjoint au maire de Lyon, délégué aux Sports, aux Grands événements, au Tourisme et directeur du haut niveau à la Fédération Française de Gymnastique. Depuis notre rencontre, Yann Cucherat a reçu le titre de Chevalier de l’Ordre National du Mérite des mains de Gérard Collomb, maire de Lyon, et de Tony Parker, président de l’ASVEL Basket et récemment propriétaire de la station Lans en Vercors. Avec l’équipe de l’OL féminine, remportant la 6ème Ligue des Champions de l’histoire du club, la section féminine du LOU et les Lionnes du Lyon ASVEL Féminin sacrées Championnes de France, nous évoquerons aussi dans cette interview les actions mises en œuvre pour promouvoir le sport féminin à Lyon. L’accueil de la Coupe du Monde Féminine de Football à Lyon, pour les demi-finales et la finale, comme les orientations futures de la politique sportive de la Ville de Lyon sont au cœur de cet interview.



    Vous accueillez la Coupe du Monde féminine de Football : quelle est votre analyse ?

    « Cela va être l’événement majeur de l’année sportive à Lyon et ce sera la première fois qu’une ville française (hors capitale) va accueillir la finale d’une Coupe du Monde. Nous allons recevoir les trois plus gros matchs de la compétition, les deux demi-finales et la finale à Lyon (le 2, 3 et 7 juillet 2019). C’est juste incroyable ! Ce qui démontre aussi que la ville fonctionne bien en termes d’attractivité et de savoir-faire événementiels au Groupama Stadium, en l’occurrence construit par l’OL, mais aussi grâce à la dynamique impulsée à chaque fois que nous organisons un événement. Nous avons la chance d’avoir une équipe Féminine de l’OL qui est exemplaire en la matière et très performante. Ce sont elles qui développent d’une certaine manière le style du football féminin au niveau mondial. C’est un juste retour de voir ces trois matchs arriver en France et plus particulièrement à Lyon. Et c’est aussi essentiel car cela va nous permettre de faire le point sur le sport féminin qui est un vrai enjeu de notre société.

    Depuis notre entretien, l’équipe OL Féminin a remporté pour la 6ème fois la Ligue des Champions, la 4ème victoire consécutive pour le club. La section féminine du LOU Rugby a décroché le titre de champion de France et les Lionnes du Lyon ASVEL Féminin ont été sacrées championnes de France, elles décrochent leur premier titre national et se qualifient directement pour l’Euroligue l’an prochain. (NDLR) A chaque fois que nous accueillons un événement sportif, l’idée est de mettre la ville aux couleurs de l’événement durant le mois qui précède ou l’année en fonction de l’ampleur de la manifestation. Pendant l’Euro 2016, nous avions ouvert tous nos musées, et nous les avions mis aux couleurs du foot pour donner envie à ceux qui n’ont pas l’habitude d’aller dans les Musées de s’y rendre. Pour ceux qui ne sont pas trop foot, cela leur permet de leur faire découvrir le football dans une dimension différente, sous un aspect plus historique et culturel. »



    Quelles sont les actions mises en œuvre pour promouvoir le sport féminin ?

    « Nous mettons en lumière des femmes exemplaires en matière de sport qui prônent toutes les valeurs en lien avec la haute performance, l’abnégation que cela suppose quand on veut faire du haut niveau.

    La ville de Lyon aide les clubs et les écoles à ouvrir des sections féminines et à faire découvrir les disciplines essentiellement pratiquées par des garçons : hand, foot, rugby. Ces clubs professionnels travaillent avec la Ville pour la valorisation des performances féminines. Nous profitons d’événements sportifs majeurs comme la Coupe du Monde Féminine de Football ou les victoires des clubs de la région pour faire un focus sur toutes les femmes de notre société, et plus particulièrement de notre territoire qui, dans leur domaine d’action, sont exemplaires. Cela peut être des chefs cuisiniers, des artistes, des chefs d’entreprise… C’est ce que nous essayons d’articuler, à savoir simplement utiliser le foot qui a une image plutôt masculine pour montrer que ce sport peut être pratiqué par toutes et tous et de la même manière pour le rugby. Cela permet de dépasser les clivages, de sensibiliser les différents acteurs, du club amateur au club professionnel. Cela nous permet aussi de lever des fonds pour accompagner des projets de développement en lien avec cette thématique.

    En septembre 2018, l’association les Lumineuses, co-fondée par Marie-Sophie Obama, présidente déléguée de Lyon ASVEL Féminin, et Nathalie Pradines, présidente de Comadequat et actionnaire historique du Lyon ASVEL Féminin, avait lancé la première édition de Lyon Gagne avec ses Femmes dont l’objectif était de célébrer la performance des femmes, quel que soit leur domaine d’expression et d’excellence. J’ai été évidemment ravi quand Marie-Sophie et Nathalie sont venues me présenter le projet. J’ai tout de suite été séduit. Ce festival est en lien avec tout ce qu’on met en place au niveau de Lyon où le sport féminin est un levier, un facteur de dynamisme pour la société et habitant-e-s. Il s’agit d’une programmation riche avec des femmes d’exception, qui font bouger la ville et la société. La seconde édition aura lieu du 12 au 17 novembre 2019. »



    Quelles sont les orientations futures de votre politique sportive ?

    « Nous avons des projets événementiels en cours mais je ne peux pas me prononcer à ce sujet tant que cela n’est pas acté officiellement. Nous avons toujours la volonté d’aller capter les grandes manifestations qui valorisent et qui apportent beaucoup au territoire, à son commerce, à sa culture (je suis aussi adjoint au Tourisme). La compétence tourisme émane plutôt de la Métropole, mais le lien avec Lyon est fort et notre classement au patrimoine mondial de L’UNESCO depuis 20 ans l’atteste. C’est au carrefour entre la politique culturelle et sportive, et cela s’imbrique plutôt bien. Les grands événements sont aussi des enjeux pour générer des retombées économiques pour nos commerçants, artisans, et pour tous ceux qui sont implantés sur notre territoire.

    Pour la Coupe du Monde Féminine, il y a 17 000 américains qui ont acheté des billets pour assister aux phases finales de la compétition. Cela nous permettra de faire découvrir les richesses de la ville au-delà des rencontres sportives.

    Nous avons mis en place un village sur la place Bellecour pour la Coupe du Monde Féminine « le Village FIFA Fan Experience » du 26 juin au 7 juillet. Beaucoup de choses se passent au Groupama Stadium et Place Bellecour les dix derniers jours de l’événement avec des animations ; éléments gonflables, terrains de futsal, conférences autour de la place des femmes dans le sport et dans la société mais aussi l’exposition de la FFF sur le Football Féminin à l’Atrium de l’Hôtel de Ville qui comprend souvenirs, objets marquants et informations historiques sur l’évolution de ce sport. Ce qui se fait désormais au Groupama Stadium avec le Musée de l’OL.


    Inauguration du village FIFA Fan Experience  Place Bellecour à Lyon - Photo ©Muriel Chaulet/Ville de Lyon

    Allier Sport & Culture

    Le sport libre et informel est dans l’air du temps. Le sport répond aussi à un enjeu de société, de santé publique, de bien-être. Nos vies sont contraintes et rythmées par le travail, les gens ont de plus en plus de mal à se libérer pour pratiquer une activité sportive. Comment faire pour inciter quelqu’un, qui spontanément ne mettrait pas des baskets, à prendre soin de son corps ?

    La ville de Lyon a ainsi édité une application « enform@ Lyon » qui a pour vocation d’inciter les gens à se mettre en mouvement en conciliant des centres d’intérêts sportifs et culturels. C’est très important pour moi d’élargir le champ d’horizon des pratiquants en liant le sport à la culture. Les centres d’intérêts sportifs sont principalement des parcours sportifs intégrant du renforcement musculaire en fonction du niveau du pratiquant en lien avec notre mobilier urbain (bancs, chaises, escaliers). Tout au long du parcours, un commentaire audio vient agrémenter votre balade sportive d’informations patrimoniales sur l’intérêt culturel des sites : musées, fleuve, monuments. Les parcours sont conçus par la Direction des Sports de la ville de Lyon avec le concours d’AG2R la Mondiale s’appuyant sur l’expertise de la Ligue Auvergne Rhône- Alpes d’Athlétisme pour les exercices de renforcement musculaire, et des Musées Gadagne pour les contenus patrimoniaux.



    Le ministère des Sports voudrait labelliser ce dispositif au niveau national, ce qui signifie que nous sommes dans le vrai ! C’est une pierre à l’édifice que nous posons et qui répond à un réel besoin aujourd’hui. Cela permet de créer des liens intergénérationnels et faire découvrir notre ville autrement. Nous répondons à un enjeu de notre société et je suis assez fier de cela. Dans cette même lignée, afin d’inciter dès le plus jeune âge à la pratique sportive, nous avons inventé une cour de récréation sportive en école primaire pour inciter les enfants à être en mouvement, soit de manière récréative pendant les pauses, ou de façon pédagogique avec leur équipe enseignante. Un prototype sera inauguré à Lyon dans le 5ème arrondissement en septembre. En changeant le morphotype d’une cour de récréation, nous pouvons peut-être changer notre culture en matière de sport.

    Que pensez-vous d’AMOS ? Quelle est sa place sur le territoire ?

    « Je suis particulièrement content que ce type d’école puisse s’implanter sur notre territoire, cela démontre un fort intérêt pour la ville. Lyon est la première ville étudiante de France selon le classement 2018-2019 du magazine l’Etudiant, ex-aequo avec Toulouse. Il y a une qualité de vie à la lyonnaise. Les étudiants s’y sentent bien, la ville est à dimension humaine et il y a une offre culturelle et sportive de qualité. Nous sommes dans une grande métropole plutôt apaisée où il fait bon vivre.



    C’est une fierté d’avoir des écoles qui s’installent à Lyon, surtout lorsqu’elles ont une dimension en lien avec ce qui m’a construit et m’anime depuis tout petit, le sport. Il est important pour les étudiants de pouvoir « faire leurs armes » dans le milieu sportif sous forme de volontariat, de bénévolat, de stages afin de comprendre les enjeux économiques et franchir les différents obstacles. Je pense que c’est un apprentissage essentiel dans les métiers du sport que les étudiants auront envie d’exercer demain, même si cela leur demande du temps et de l’énergie. Cela permet d’enrichir leur expérience et leur savoir-faire.

    Quels conseils pourriez-vous donner à nos AMOScien(ne)s ?

    « Les besoins des utilisateurs ne sont plus les mêmes. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain. Il faut que vous ayez « un coup d’avance » sur ce que seront les attentes des utilisateurs, des entreprises de demain, des sportifs, et comment notre société évolue. C’est essentiel de toujours essayer de se projeter. C’est d’une richesse absolue d’avoir le regard des experts sur le terrain au quotidien. Il faut réfléchir en permanence à ce que vous pourrez apporter à notre société pour être pertinent dans l’offre que vous formulerez demain ! »
    Propos recueillis par Anne-Charlotte Meyer, Chargée de communication, AMOS Lyon

     

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