• Echange avec Marie-Sophie OBAMA, Présidente déléguée du LDLC ASVEL Féminin

    Echange avec Marie-Sophie OBAMA, Présidente déléguée du LDLC ASVEL Féminin
    Marie-Sophie OBAMA, présidente déléguée de LDLC ASVEL Féminin champion de France 2019, poursuit avec succès une trajectoire à la fois sportive comme ex-basketteuse de haut niveau et également managériale depuis 2017 en étant à la tête du club féminin propriété de Tony Parker. Le ballon orange a été découvert par la petite fille à l’école primaire, convaincue par une copine du club local et ses premiers pas dans la raquette ont été fait en ballerines ! De l’art de danser, de dribbler et de shooter en quelque sorte a présidé à sa destinée de… présidente. A 16 ans, sa rencontre avec TP (15 ans) à l’INSEP alors qu’ils étaient tous deux internationaux jeunes a tissé des liens forts, nés entre sport-études et joies d’adolescents qui ont scellé une amitié solide et une passion commune : gagner et faire gagner. Au plus haut niveau évidemment !

    Comment le club LDLC ASVEL féminin a-t-il vécu le confinement ?

    « Nous avons eu du mal à imaginer un tel évènement comme tout le monde bien sûr. De plus avec nos joueuses étrangères issues aussi bien du Brésil que des Etats-Unis, l’inquiétude était forte tant pour elles que pour leur famille, comme pour nos Françaises aussi. Nous sortions d’un titre et nous espérions conquérir le second quand l’épidémie a tout immobilisé et fragilisé le pays. Mais les raisons sanitaires devaient prévaloir et en tant que leader des 12 clubs de Ligue Féminine, j’ai participé avec mes collègues à la gestion de cette crise dont nous semblons sortir. Nous sommes un club qui en plus est en pleine transition entre le monde amateur d’où nous venons et l’univers professionnel dans lequel nous sommes entrés assez vite, et avec des secousses parfois. Nous ne sommes pas tout à fait dans un modèle classique je dirais... »

    A savoir Mme la Présidente déléguée ?

    « Nous sommes un modèle plutôt hybride qui se veut vertueux. Il faut savoir que nous sommes un club professionnel certes, mais sans les recettes classiques de ce haut niveau car nous n’avons pas de droits TV, ni de transferts de joueuses comparables à des « actifs » et nous vivons de la billetterie et des partenariats. Le naming du club ASVEL devenu LDLC ASVEL est un autre moment de transition car cela fait plus de 20 ans qu’aucun club de sport collectif n’en avait obtenu. Ce naming fort bien venu nous donne aussi une responsabilité qui dépasse les seuls résultats sportifs car nous avons une image à conserver et qui doit être aussi commune aux deux organisations. Nous sommes dans la phase où nous apprenons et nous dealons pour parler franglish en quelque sorte (sourire) ! »

    Pouvons-vous aller plus loin ?

    « Bien sûr. Si notre volonté est de se rapprocher d’un modèle « dynastie » type les Spurs de San Antonio, instauré en partie par Tony Parker – mais ce n’est pas demain pour nous encore - il faut contribuer à donner non seulement au basket mais au sport une place qu’il n’occupe pas celle qu’il devrait avoir ! Sans parler de la disparité entre l’univers du football et celui du basket nous sommes à des années-lumière de la valeur d’un Kylian Mbappé où la proximité est une de nos valeurs héritées de notre histoire et à laquelle nous sommes très attachés. Ainsi, pour les garçons du club LDLC ASVEL, il est possible d’envisager de jouer certains matchs dans la nouvelle salle en projet avec Jean-Michel AULAS et Tony à Décines (périmètre du Groupama Stadium) alors que nous continuerons de privilégier Mado BONNET, notre salle très connue qui est accessible en transport en commun facilement au cœur du 8ème à côté de la Maison de la Danse. L’évolution de notre modèle ne peut pas brûler les étapes et comme DG de la SASP, je veille aux comptes car il ne faut pas oublier qu’en 2017 nous avons « sauvé notre peau » lors du dernier match pour rebondir deux ans plus tard avec le titre. Le sport a besoin d’être mieux reconnu car les clubs sont des leviers du développement et nous ne sommes ni l’OL, ni le LOU Rugby, ni la team masculine de l’ASVEL qui sont en haut de l’échelle. »

    Quelle doit être la place du sport selon vous ?

    « Elle doit s’exprimer sous le signe d’une influence plus prégnante auprès des autres secteurs de la société et sous la forme des valeurs portées les acteurs du sport : il est nécessaire non seulement de gagner mais d’être soi-même dans le respect de l’éthique au quotidien. C’est ainsi que je participe avec notre club au sein de la cité comme porte-voix en quelque sorte de « l’engagement au féminin ». Performer ne peut pas se résumer à gagner, mais doit prendre en compte les savoirs être qui sont présents dans le sport et qui doivent inspirer la vie au travail comme en société : avec « Les Lumineuses » à Lyon, nous sommes des femmes entrepreneures qui démontrent dans leurs responsabilités que le sport n’est pas que bankable. Les relations de confiance qui existent par exemple avec LDLC, entreprise leader dans le numérique, illustre à quel point le sport est un pont tant sur le plan relationnel que professionnel. L’entreprise LDLC a bien vu que la digitalisation par exemple était très souvent masculinisée dans ses postes et que pour toucher un public féminin l’apport du club était utile. Et nous parlons de la famille ASVEL avec des personnes toutes uniques mais en gardant l’empreinte amateur des origines pour aller vers la professionnalisation en respectant l’histoire du club et en se consacrant aux jeunes »

    Vos 3 valeurs référence ?

    « Audace, courage et créativité » sont sans conteste les valeurs qui nous habitent au club, en pensant bien sûr aux Spurs où un coach comme Gregg Popovich a osé donner les clés à un joueur non américain avec Tony Parker, ce qui ne s’était jamais produit aux Etats-Unis !  L’audace de se remettre en question, le courage d’y croire et surtout dans les moments difficiles comme celui que nous avons vécu avec la COVID 19. Sur ce point, et pour notre futur, nous savons que face à nous il y a des clubs plus riches en Europe - les Russes ou les Turcs - mais nous avons l’ambition de gagner l’EuroLeague Women avec nos forces, notre créativité, en demeurant fidèle à notre identité. »



    Propos recueillis par Alain Arvin Berod, Directeur du conseil de Perfectionnement et des Publications d’AMOS Group

     

     

     

     

     

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