• « L’heure du coach … sans les leurres »

    « L’heure du coach … sans les leurres »


    Dirigeant de TCP Consulting, Gilles Bassereau était l’intervenant de la 4ème Master Class de l’année à AMOS Lyon, sur le thème de la motivation : s’inspirer des best practices du sport et de l’entreprise. Dans cette interview, Gilles Bassereau nous présente les différents types de motivation, comment les identifier, apprendre à mieux se connaitre pour lever des freins à la motivation avec notamment le surinvestissement émotionnel. Il évoque aussi avec des exemples sportifs, l’art de la motivation d’équipe par la vision stratégique et l’intelligence collective.



    Comment devient-on coach ?

    Le coach est l’accompagnateur. Pour devenir coach, il faut avoir la passion, l’envie de transmettre pour accompagner les gens, à se découvrir, se rencontrer et savoir ce qui permettra d’aborder ce qui est le plus important pour nous en termes de motivations et de compétences.

    Au fil de vos expériences de manager, vous identifiez que ce qui vous plait le plus c’est de transmettre, d’accompagner, faire grandir, toujours en partant des forces et des talents des gens, jamais en partant de ses propres grilles de lecture. Et à un moment donné, vous vous rendez compte que vous pouvez accompagner des gens soit dans le monde de l’entreprise, soit dans le sport ou ailleurs en réalisant une performance incroyable. Souvent, les personnes que vous accompagnez ont presque tout dans les mains, ils n’ont juste pas trouvé les bons leviers chez eux pour atteindre la performance et la motivation. Ils n’ont pas forcément l’esprit connecté au niveau des émotions. Toute la difficulté réside dans le fait d’aller chercher ce qu’il y a au fond de vous, la flamme qui va faire que vous allez vous donner à fond dans telle ou telle activité. A un moment donné, si vous n’êtes pas connecté aux émotions, vous ne pouvez pas trouver cette motivation pour évoluer, grandir vers l’objectif que vous souhaitez atteindre. On ne peut pas trouver des choses rationnellement, il faut accepter d’aller se reconnecter à quelque chose de plus profond, à savoir les émotions. Il faut accepter de lâcher prise. L’intelligence émotionnelle est de plus en plus abordée en entreprise, nous en parlons beaucoup mais ensuite il faut mettre les choses en place pour la réaliser.

    Pouvez-vous me parler brièvement de votre parcours et de votre rôle en entreprise ?

    Je suis passé par la pédagogie, la transmission du sport, en STAPS, puis en école de commerce. J’ai travaillé pendant 8 ans en Amérique du Sud et découvert la culture latine où les émotions sont complètement admises et inhérentes à leur mode de fonctionnement. Pour les sud-américains, exprimer leurs émotions fait partie du job de manager et de salariés. J’ai ensuite eu une expérience de manager dans une société en France et j’ai créé mon entreprise, TCP consulting.

    Le parcours de coach se créé au fil des expériences vécues : plus vous avez de la diversité et de l’adaptabilité à différentes cultures, différents statuts, métiers, rôles, façons de manager, plus cela augmente votre expertise, en complément des formations spécifiques comme la programmation neurolinguistique, les neurosciences qui sont des outils. La valeur ajoutée d’un coach provient de sa diversité d’expériences qui viennent enrichir ses compétences théoriques.

    Quels sont les leviers de la motivation ? Quels sont les différents types de motivation ?

    Premièrement il faut accepter que la motivation la plus importante est une motivation primaire, inépuisable, intrinsèque : elle dépend à 100% de nous, de notre capacité à trouver du plaisir et de la réalisation de soi. C’est un peu comme le squelette, avec l’analogie du corps et du sport, cette première source de motivation, issue des recherches des travaux des neurosciences, est capable d’aller puiser pour aller chercher cette intelligence émotionnelle, cette réalisation et le plaisir ! Nous sommes déjà dans l’émotionnel. La difficulté souvent est d’être accompagné pour aller chercher cette motivation primaire au fond de soi. Cela peut être le rôle du coach dans le sport qui va pousser son équipe à se dépasser. C’est cette capacité à faire en sorte que chaque membre de l’équipe trouve du sens dans le projet, dans l’exploit ou dans la performance. Mais le sens est propre à chacun. L’objectif est que chaque membre de l’équipe soit capable d’aller chercher cette motivation primaire pour se dépasser.

    La motivation secondaire est plus extérieure, c’est celle qui nous fait atteindre de belles performances, la recherche de résultats, de palmarès. C’est la reconnaissance de mon entraîneur lorsque je suis sportif, ou celle de mon employeur au sein d’une entreprise. Cette motivation secondaire est puissante mais fragile à la fois car elle dépend de quelque chose qui vient de l’extérieur. Evidemment la motivation primaire et secondaire sont liées, et nous les séparons uniquement pour les expliquer.

    La motivation tertiaire donne l’impression qu’on aimerait atteindre tous ces exploits, consacrer son énergie dans les projets définis mais finalement c’est une notion qui est biaisée car le cerveau ne différencie pas la réalité de ce qu’il aimerait atteindre. C’est la difficulté du système cognitif, cette motivation tertiaire est une fausse émotion. C’est un leurre que notre cerveau nous renvoie, on pourrait la confondre avec de la motivation primaire. Parfois on s’investit à fond vers un objectif, et cela donne de l’incompréhension de soi, c’est une illusion.

    La recherche des motivations intrinsèques est un véritable voyage intérieur. Nous pouvons nous fourvoyer entre les trois types de motivation, d’où l’importance d’avoir un accompagnement extérieur neutre qui donne un effet miroir et permet d’identifier les différents types de motivation. Le coaching prend ainsi tout son sens, pour prendre conscience des motivations, et lever les motivations au sein des membres d’une équipe. Les entraîneurs sportifs et les chefs d’entreprises doivent comprendre ces notions pour adapter leur management et aller chercher la motivation primaire au sein de leur équipe.



    Quels exemples sportifs peuvent s’appliquer au domaine de l’entreprise pour manager au mieux ses équipes ?

    Prenons l’exemple de la finale de 4 x 400 m des Championnats d’Europe de Zurich en 2014*, cette énergie qui est mise dans le dernier 400 m est quelque chose qu’elles n’auraient jamais imaginé réaliser. D’un côté il y a de la motivation primaire de la part des athlètes, comme Muriel Hurtis qui court car elle sait qu’elle va mettre fin à sa carrière et qui à un moment donné, s’engage totalement pour la réalisation de l’équipe, pour le plaisir de leur offrir cette victoire. Et la motivation secondaire, où elles courent pour leur performance individuelle, pour un résultat, pour une reconnaissance extérieure. Ces deux sources de motivation leur permettent de faire une course exceptionnelle et de récupérer 30 m sur 400 m aux meilleures mondiales. C’est un exemple très parlant dans le sport ces dernières années.

    Jérôme Fernandez, l’un des joueurs internationaux français les plus titrés avec 9 médailles d’or, également le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, avait été choisi pour être capitaine de l’Equipe de France de Handball de 2008 à 2015 pour ses capacités à fédérer. Le capitaine de l’équipe est celui qui est capable d’aller chercher les motivations primaires des joueurs dans la réalisation de soi, du projet collectif, de l’envie, des valeurs mais aussi celui qui est capable d’aller voir chaque joueur et faire le lien entre tous les clans de toute l’équipe. Jérôme Fernandez est choisi pour cela. Il est issu de la meilleure équipe de tous les temps en sports collectifs, il va chercher les motivations primaires mais aussi les valeurs de transmission entre génération et plaisir. Jérôme laisse partir son meilleur joueur pour garder la cohérence du projet des valeurs.

    J’ai aussi beaucoup appris des échanges avec Michel Luccatelli, entraîneur qui réalise le triplé olympique aux JO de 2014 à Sotchi (Jean- Frédéric Chapuis, Arnaud Bonaventa et Jonathan Midol) en ski cross. Il va chercher des excellents skieurs d’une autre discipline porteurs de valeurs, c’est important de nommer des leaders d’équipe qui ne sont pas les meilleurs techniquement mais qui sont rassembleurs et porteurs de valeurs.


    Photo : Equipe de Ski Cross - ©Ski Nordique.net

     

    Quelles sont les personnes qui vous ont le plus marqué lors de vos coachings ?

    Ce qui fait la différence sur les personnes que j’ai accompagnées, c’est vraiment ceux qui ont été capables de se connecter à leurs émotions pour atteindre la motivation durable. Parmi les personnes qui m’ont le plus impressionné en entreprise, un CEO au Chili qui était capable à la fois d’avoir un projet sur les motivations primaires et sur les valeurs. Il célèbre tous les mois les réussites collectives interservices avec les valeurs. C’est un rituel d’équipe qui est mis en place, c’est une force.

    Pour un autre, le management est perçu comme un jeu, une partie d’échec pour faire passer des décisions. Et dès que la partie est finie, ces managers se reconnectent à la famille avec leur motivation de partage, plaisir. Je connais un manager qui a accepté d’arrêter de monter le plus haut possible dans un comité de direction. Il a préféré rester à son poste de directeur marketing international pour continuer à avoir de la motivation primaire. Le plus important est ce qui me fait vibrer tous les matins, l’épanouissement au travail est personnel. Il ne passe pas forcément par un poste à très haute responsabilité. C’est important de bien se connaitre pour choisir un parcours adapté.

    Quels conseils pourriez-vous donner à nos AMOSciens ?

    Prenez le temps de toucher à toutes les activités sans a priori, sans préjugés, soyez curieux pour aller voir si émotionnellement cela retentit chez vous et voir ce qui vous fait le plus vibrer. Est-ce qu’il s’agit de transmettre, d’entraîner, faire de la gestion, à chaque fois que vous prenez ces rôles au moment d’agir ? que ressentez-vous? de la joie, du plaisir ? Cela veut dire que vous avez votre levier de motivation.

    Le choix précis est un deuxième rideau qui rassure, « il faut que je trouve quelque chose » est déjà une motivation secondaire. On veut toujours rassurer ses peurs. Il y a un point commun entre toutes ces missions qui m’ont fait vibrer et qui émotionnellement ont créé le petit frisson : il faut l’identifier et le transformer en projet professionnel, par exemple transmettre, la gestion, etc. Il faut construire son projet professionnel comme un brainstorming, au fur et à mesure de ses ressentis, de ses motivations primaires comme par exemple avec le goût pour l’organisation, l’encadrement, la création, l’innovation etc. Ce n’est pas simple d’identifier un point précis dans une expérience. Il faut aller creuser. Certaines personnes ont une grande distance émotionnelle et pour eux il est plus difficile de passer le cap, cela provient souvent d’une éducation limitante: « Il faut » « Tu dois ». Il faut accepter de lâcher prise et se faire conseiller, aider pour réussir à identifier ses motivations primaires.

    Une carrière professionnelle dure 40 ans environ, cela permet de se construire et d’évoluer, il faut accepter de prendre des risques en terme émotionnel pour réussir réellement. Il faut aussi accepter de se « planter ». En France il y a trop de stress sur l’échec, les gens n’osent plus aller « se réaliser » pour éviter d’échouer . Un échec de trois mois, ce n’est rien à l’échelle d’une carrière. Cela fait partie de la construction de soi.
    *Le 17 août 2014, elle remporte la médaille d’or du relais 4 × 400 m en finale des Championnats d’Europe de Zurich, en 3 min 24 s 27, en compagnie de Marie Gayot, Agnès Raharolahy et Floria Guei (une lyonnaise !) et achève ainsi sa carrière sur un titre continental.

    Légende photo :  Finale du 4 x 400 m - Championnats d’Europe 2014 – images France Télévisions

    Propos recueillis par Anne-Charlotte Meyer, Chargée de communication, AMOS Lyon

    Plus d'actus :