• Manager et entraîneur de handball : la recette de Philippe Gardent

    Manager et entraîneur de handball : la recette de Philippe Gardent
    Le management, c’est un investissement de soi envers son équipe !

    Après une apparition en Alsace dans les années 1930, le handball, mot allemand, a commencé à être véritablement pratiqué en France dans les années cinquante. Un siècle plus tard, le handball français a évolué, se structurant autour d’une Fédération, nous offrant des spectacles de plus en plus incroyables et se positionnant comme l’un des sports collectifs les plus pratiqués en France (derrière le football, le rugby et pas loin du basket, avec 550.000 licenciés et 2400 clubs). Parmi les figures emblématiques de ce sport, nous pouvons citer Philippe Gardent : champion de France à cinq reprises, médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de 1992 à Barcelone avec les Barjots, dont il était l’un des piliers, sélectionné 298 fois en équipe nationale de 1983 à 1995 avec laquelle il devient champion du Monde en 1995. A la suite de son sacre, il se reconvertit comme entraîneur au Club de Chambéry SH où il devient champion de France en 2001, puis au PSG Handball, équipe avec laquelle il obtient deux titres de champion de France.  Depuis juillet 2015, il est le manager général et entraîneur du FENIX Toulouse Handball, partenaire de l’école AMOS Sport Business School. A la veille d’une affiche 5 étoiles face au PSG Handball, il a accepté de nous rencontrer.



    Bonjour Philippe, après 3 saisons au PSG, quelques mots sur ce nouveau challenge toulousain ?

    Si l’on compare le projet sportif, ce sont deux extrêmes, le PSG Handball étant le club le plus riche du monde. En rencontrant le Président et le staff du club, cela a matché directement et j’ai réalisé qu’il y avait quelque chose à construire. C’est donc vraiment l’idée de m’embarquer dans une belle aventure humaine qui m’a convaincu. J’ai signé jusqu’en 2021, mon premier objectif, et pas des moindres, est de stabiliser le club. On a une compétition nationale qui est très difficile, certainement le championnat le plus dur au monde avec la Bundesliga. Mais globalement on s’en sort bien, malgré un début de saison un peu poussif. L’enjeu économique n’est pas négligeable et une hausse du budget serait la bienvenue. Nous sommes reconnaissants des partenaires qui nous soutiennent, mais espérons que de nouvelles entreprises toulousaines se porteront volontaires pour aider le sport local.

    Justement, aujourd’hui le Handball est un sport majeur, qui attire de nombreux acteurs économiques. Comment est-ce que le sponsoring a transformé le sport, plus particulièrement le hand ?

    Le sponsoring a professionnalisé notre sport. Je suis de la génération des premiers « sportifs professionnels ». Le handball a longtemps été pratiqué à l’école et a, en parallèle, vu ses effectifs en clubs augmenter de manière régulière. On comptait un peu plus de 10.000 licenciés dans les années 50 et les chiffres ont été multipliés par 2,5 en vingt ans. Le secteur économique a compris que le handball pouvait générer de la visibilité, de l’argent et on est donc sorti de la seule sphère du sport scolaire. En dehors des collectivités qui nous soutiennent, nos partenaires majeurs sont des promoteurs immobiliers comme Sporting Village ou Green City, mais nous sommes également sponsorisés par Engie ou encore le Groupe Dallard.

    Le handball est considéré comme un sport sympathique et en plus, qui gagne : deux caractéristiques qui séduisent de plus en plus les entreprises. Encore loin du rugby qui est en pleine expansion économique, il nous faut réellement nous saisir de ces atouts et convertir ces acteurs en leur montrant l’intérêt d’investir et de communiquer via le handball.

    Parlons des supporters. Au coude à coude avec le basket-ball pour devenir le troisième sport collectif dans le cœur des français, après le football et le rugby, le handball est devenu incontournable. Qu’est-ce qui, selon vous, a changé dans l’intérêt des supporters ?

    C’est un sport qui gagne… Contrairement au rugby (rires). Il est vrai qu’à force d’enchaîner les performances, cela commence à interloquer. L’équipe de France est 6 fois championne du monde, 2 fois championne olympique, 3 fois championne d’Europe… On peut se demander comment ils font pour pérenniser ce succès. D’un point de vue local, avec le football (TFC), le rugby à XV et à XIII (Stade Toulousain entre autres) et le volley (Spacers) par exemple, les amateurs toulousains de sport sont gâtés, au moins en quantité. Le Fenix Toulouse Handball doit donc tout de même composer avec cette concurrence, même si les matchs de Starligue sont programmés en milieu de semaine, et non le week-end.

    Depuis le sacre des Barjots en 1995, les équipes de France de handball ont remporté environ 14 titres. Les résultats de ces dernières années ont permis au hand d’exister. Quelles seraient selon vous les différences entre le hand de votre époque et celui d’aujourd’hui ? Quelle est votre regard sur la nouvelle génération ?

    Sportivement cela n’a rien à voir. C’est comme si on comparait la TV en noir et blanc et la TV en couleur. Lorsque j’étais handballeur professionnel, je trouvais que l’on allait vite alors qu’en réalité on jouait au ralenti (rires). De plus, notre sport a connu de nombreux changements de règles qui ont eu elles-mêmes des répercussions sur le jeu de cette nouvelle génération. Je pense notamment à « l’engagement ». A l’époque, lorsqu’on marquait un but, on avait le temps de faire trois tours de terrain pour le fêter (rire)… Aujourd’hui ce n’est plus possible, on doit enchaîner. Nous avons également assisté à une athlétisation du sportif. Les athlètes bénéficient de suivis médicaux bien plus pointues et de préparations physiques bien plus poussées. On a su évoluer et c’est important. Médiatiquement non plus ce n’est plus comparable. La médiatisation du handball est venue avec le succès, chez les hommes comme chez les femmes : 5,4 millions de téléspectateurs en moyenne ont assisté à la finale et la victoire des françaises à l’Euro le 16 décembre dernier, sur TF1. Faire du handball un vrai spectacle continue d’améliorer l’exposition médiatique de notre discipline.

    Selon les chiffres de la LNH, le Fenix Toulouse Handball affiche le neuvième budget de l’élite (3,6 millions d’euros) et la huitième masse salariale (deux millions d’euros). Comment se construit le budget d’un club de Lidl Starligue ? (droits TV, subventions, recettes matchs, etc.)

    Depuis la création de la Ligue nationale de hand en 2004, les clubs se sont structurés, la formation est reconnue (sport études, centres de formation) et les clubs français attirent certains des meilleurs joueurs du monde. Cependant, le hand ne génère pas d’argent, on est plutôt à la recherche d’un équilibre financier. On parle d’un club sain quand il est équilibré. C’est le cas pour la LNH, car on est particulièrement surveillé par des commissions comme la Commission Nationale de Contrôle de Gestion (CNCG). Pour un club professionnel comme le Fenix Toulouse Handball, on se doit d’avoir une force sportive, ce qui implique de payer des joueurs, mais il faut également prendre en compte dans la répartition budgétaire, le soutien logistique, administratif, commercial, etc. Notre budget provient à la fois des recettes sponsoring, des subventions, de la billetterie, etc. Les droits TV ne pèsent pas lourd, 125 000 euros environ, donc très peu. La recherche de nouvelles ressources est donc continue. Une nouvelle pratique a pris sa place dans le handball, le trading (terme anglo-saxon signifiant : échange), pratique qui s’est largement démocratisée dans le football. Il s’agit d’une économie qui repose sur les transferts de joueurs, c’est-à-dire sur le fait de vendre un joueur qui est sous contrat à un autre club, celui-ci versant alors une indemnité de compensation pour racheter le contrat. Nous sommes à l’affut de futurs talents également, accessibles financièrement et que l’on fait progresser chez nous. On a un certain nombre de « success story » de cet acabit au Fenix comme Gaël Tribillon (champion du Monde moins de 20 ans), Valentin Porte (actuel capitaine du MHB) ou encore Frederic Peterson, maintenant parti à Montpellier et considéré comme l’un des meilleurs à son poste en LNH… On est obligé de prendre plus de risques.

    Comment le rôle d’entraîneur et de manager a-t-il évolué ces dernières années selon vous ?

    Il a évolué et continuera d’évoluer. L’entraîneur d’aujourd’hui est plus attentif au public qu’il a en face de lui et plus soucieux des changements de génération. Nous avons eu la génération Y et nous avons la Z qui arrive. Il est primordial de bien comprendre comment elle fonctionne et de s’y adapter... Au-delà-de du sportif individuellement, le groupe est très important. Il y a une dizaine d’années, l’entraineur imposait sa vision collective et on devait s’y plier, aujourd’hui il faut réussir à individualiser au cœur de l’effectif. C’est toute une alchimie d’assemblage. Mon mode de management, avec le temps a évolué et continue de le faire, mais je dirais qu’il est parfois directif, parfois très collégial… Tout dépend de la mouvance. Le management, c’est un investissement de soi envers son équipe.

    Quelle serait la qualité première d’un entraîneur ?

    Beau gosse (rires) ! S’adapter au monde qu’on a en face de nous et adapter sa méthode, sinon on va droit au mur. Il est impératif d’avoir une vue à 360°, reconnaître quand il faut changer, se remettre en question, changer de cap parfois… Mais selon moi, la première chose c’est d’être droit. Ce n’est pas parce que vous prenez une décision qu’elle est forcément juste dans l’ensemble mais au moins de penser qu’elle est juste. D’un sport collectif à l’autre, on rencontre globalement les mêmes problématiques donc des approches managériales similaires me semblent transposables.

    En tant que manager d’équipe, auriez-vous un conseil à donner à nos étudiants ?

    Je pense qu’à partir du moment où l’on manage, on essaye de faire en sorte qu’un ensemble fonctionne. Il y a tellement de définitions de l’esprit d’équipe, de la cohésion de groupe… Mais il est absolument nécessaire d’en donner une et de l’appliquer. J’ai ma propre formule, chaque entraîneur a la sienne, mais c’est à présent à vous de pêcher dans votre formation, votre entourage et expériences, afin d’établir votre propre définition. Au-delà des compétences marketing, commerciales, juridiques que vous étudiez et qui sont des connaissances plus techniques à assimiler, l’identité est importante. Je vous encourage à trouver une ligne de conduite, tout en sachant qu’elle pourra bien sûr être modifiée.

    C’est un métier passionnant, bonne continuation !
    Propos recueillis par Annaële Fritsch, chargée de communication, AMOS Toulouse

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