• Masterclass "Impacts et retombées d'un événement sportif international"

    Si la France a dominé l’actualité sportive de l’été après le triomphe des Bleus lors de la Coupe du Monde de football 2018, elle a également fait la « une » de la presse lors de l’accueil de la Ryder Cup en septembre dernier, mettant en lumière la dynamique événementielle dans laquelle le pays s’inscrit désormais.

    La France va accueillir les plus grands événements internationaux : commencée avec l’accueil de l’Euro 2016, la France sera le théâtre de la prochaine Coupe du monde de football féminin (2019), de la Coupe du monde de rugby (2023) ainsi que des Jeux Olympiques et Paralympiques (2024). Un axe de développement voulu et défendu aussi bien par les pouvoirs publics que par le secteur privé du sport.

    Le 22 novembre, AMOS Bordeaux a invité quatre professionnels autour d’une table ronde afin de réfléchir aux retombées d’un événement sportif d’envergure internationale sur un territoire :

    • Delphine Benoit-Mayoux, Impact, Legacy and Sustainability Coordinator du Comité d’organisation de la Coupe du Monde féminine 2019

    • Vincent Debusschère, Directeur des Sports à la Mairie de Bordeaux

    • Philippe Laurent, Expert en Stratégie de marketing sportif et ancien Directeur marketing sportif Rugby chez Nike

    • Steve Savidan, ancien Footballeur international et Conseiller Technique du président Said Ennjimi à la Ligue de Football de Nouvelle-Aquitaine


    Nos quatre intervenants ont présenté leurs points de vue et débattu avec les étudiant(e)s sur les retombées et impacts de ces grands événements sportifs en s’appuyant sur leur expérience et leurs domaines de compétences en Nouvelle-Aquitaine.

    Retour sur les temps forts de cette Master Class !

    Un impact économique qui varie selon le rayonnement de l’événement international

    Les intervenants ont échangé sur les données des retombées économiques des événements sportifs se déroulant en France.

    Rappelons que l’impact économique de l’Euro 2016 en France est estimé à 1,2 milliards d’euros (1). L’apport des dépenses touristiques liées au tournoi s’élève à 625 millions d’euros tandis que l’Etat a pu récupérer un montant évalué à 75 millions d’euros sous forme de taxes diverses (TVA, taxe de séjour et taxe aéroport). En terme d’emploi, l’événement a généré quasiment 10 000 équivalents temps plein annuels*. Des chiffres qui ont fait réagir nos experts ; « pour Bordeaux, les retombées économiques de l’Euro 2016 sont estimées à 123 millions d’euros. Les dépenses spectateurs étant évaluées à 88 millions d’euros. Le taux d’occupation des hôtels pendant l’événement a grimpé de 10 % et l’aéroport de Bordeaux a généré un volume d’activité de + 12 %. La collectivité est satisfaite de l’opération si on inclut les notions d’héritage, d’image, de ville qui bouge pour le sport et qui se fédère autour d’un événement international » commente Vincent Debusschère.

    Si le football masculin se taille la part du lion, les autres sports tentent de tirer leur épingle du jeu. Delphine Benoit-Mayoux réagit en affirmant qu’une « étude d’impact économique a été faite pour la Coupe du Monde féminine 2019. On n’aura pas d’impact réel sur le PIB du pays, mais nous sommes très concentrés sur l’impact économique local avec, par exemple avec un vrai programme de retour à l’emploi en partenariat avec Pôle emploi via des services civiques. L’idée est aussi de montrer qu’une compétition internationale féminine peut-être créatrice de revenus et qu’un comité d’organisation peut présenter un budget à l’équilibre. » Philippe Laurent évoque à son tour l’impact de la Coupe du Monde de rugby 2007 : « Quand la France a accueilli la Coupe du Monde de rugby, les retombées économiques ont été évaluées à 500 millions d’euros. Nous sommes loin des chiffres présentés de l’Euro de football. Nike a néanmoins tiré son épingle du jeu en vendant 6 fois plus de maillots que durant la dernière Coupe du Monde en 2003 ».



    Photo de g. à dr. : Boris Laval, Vincent Debusschère, Delphine Benoit-Mayoux , Philippe Laurent et Steve Savidan 

     

    Accompagner la pratique sportive vers le sport-santé et le sport au féminin

    Vincent Debusschère analyse la façon dont les pouvoirs publics locaux appréhendent la pratique sportive pendant un événement sportif international : « L’événement sportif est la vitrine du sport mais on essaye d’anticiper la croissance de la pratique sportive générale, notamment via un accompagnement financier de projets sportifs. Par exemple, nous voterons en décembre au conseil municipal un budget de 3,8 millions d’euros de subventions pour les clubs sportifs pour 2019. Nous sommes sur un objectif de développement de sport santé et sport au féminin. On projette pour les Jeux Olympiques de 2024 à Bordeaux autant de public et d’engouement pour les matchs féminins que masculins ! »

    C’est cet engouement autour de la pratique féminine que Delphine Benoit-Mayoux espère voir se matérialiser concrètement : « On espère que les objectifs chiffrés de la fédération, c’est-à-dire 200 000 licenciées après l’événement, seront atteints ! Il y a un vrai projet autour de la Coupe du Monde féminine 2019, notamment de retombées sur la pratique féminine ». Un phénomène qui serait déjà en cours selon Steve Savidan (2) puisque « La grande différence entre 1998 et 2018 (Victoire de la Coupe du Monde de football), c’est la féminisation de la pratique au niveau amateur ».

     

    Les retombées sur le territoire : l’importance de la notion d’héritage

    « Si vous n’intégrez pas cette dimension d’héritage ou de retombées sur le territoire, votre candidature a très peu de chances d’être retenue auprès des collectivités locales » avertit Delphine Benoit-Mayoux. D’autant plus que « ce qui intéresse le monde amateur, ce sont les infrastructures » selon Steve Savidan. Une véritable réflexion doit être apportée sur cet héritage, comme l’affirme Delphine : « On nous donne les moyens de développer une stratégie globale d’impact et d’héritage en étant en contact avec les institutions locales pour comprendre leurs enjeux ! »

    Vincent Debusschère évoque le stade Matmut Atlantique pour argumenter sur la politique publique sportive de la ville de Bordeaux et la notion d’héritage : « Si on prend l’exemple de l’Euro 2016, le premier héritage pour la population, c’est le stade Matmut ! Bordeaux voulait accueillir l’Euro mais on nous a averti : « Sans ce nouveau stade, il n’y aura pas d’Euro 2016 à Bordeaux ! Ça a été l’élément déclencheur ! Et sans le stade Matmut, nous n’aurions pas eu la Coupe du Monde de rugby 2023, ni les Jeux Olympiques 2024. La notion d’héritage pour la ville est importante et il faut démontrer que l’événement a un impact durable sur le territoire. » En se donnant ainsi les moyens de ses ambitions, Bordeaux a pu « surfer » aussi sur cette dynamique événementielle évoquée précédemment, élément confirmé par Philippe Laurent : « Si nous accueillons la Coupe du Monde de rugby 2023, c’est grâce au football notamment ; et aux investissements consentis par les villes pour la construction ou la restauration des stades ».

    Il n’y a pas de succès sans concertation des parties prenantes

    Nous comprenons ainsi la nécessité de collaborer avec les différentes instances rattachées à l’organisation d’un événement international lorsque Delphine Benoit-Mayoux explique : « On essaie de communiquer au maximum avec les collectivités en sachant que les budgets sont serrés... On travaille par exemple avec les services de la jeunesse, on travaille avec le service des transports pour optimiser l’accessibilité aux infrastructures sportives avant, pendant et après l’événement. L’objectif c’est de fédérer les différentes parties prenantes pour optimiser l’activation, en impliquant l’extra-sportif. En vue de 2019, nous avons par exemple développer un projet sur les espaces verts en incluant les écoles paysagistes locales. L’idée est de réfléchir et d’impliquer tout le monde afin de développer une image exemplaire du territoire. Par ailleurs, nous avons utilisé l’Euro 2016 et le marathon de Bordeaux pour créer une vraie cellule « sécurité » composée de différents acteurs tels que la gendarmerie, la police et les pompiers. Ils ont réfléchi ensemble sur la sécurité en marge de l’événement. C’est un héritage riche lié aussi aux grands événements. »

    En conclusion de cette matinée d’échanges, Vincent Debusschère a livré un message fort aux étudiants : « La France est reconnue pour la qualité de son organisation. Tout a débuté avec l’Euro 2016 et le point d’orgue sera les Jeux Olympiques 2024 ! La France devra être au top. Le pays aura besoin de toutes ses forces vives, dont vous, et vous serez attendus sur des postes importants ! Préparez déjà l’après-2024 car les agences événementielles travaillent déjà sur les champs d’activités de l’événementiel en France après les JO. Préparez-vous à diversifier vos activités vers d’autres types d’événements ! ». Pour les étudiants désireux de s’orienter vers l’événementiel, le message est passé !

     

    Sources
    (1) « Patrick Kanner : « L’Euro 2016 a rapporté 1,2 milliards d’euros à la France » » - Article Le Monde publié le 10 Janvier 2017

    (2) « Le sacre des Bleus fait les bonnes affaires de la Fédération française de football » - Article Le Monde publié le 03 Septembre 2018

    * Un Equivalent Temps Plein (ou ETP) est une unité de mesure des coûts salariaux fréquemment utilisée en gestion. L'ETP permet d'évaluer la masse salariale ou l'effectif de l'entreprise de façon homogène en rapportant le temps travaillé par chaque salarié à un celui d'un salarié à temps plein. 1 ETP = 1 employé à temps plein

    Merci à Christophe Lepetit, économiste au Centre de Droit et d’Economie du Sport (CDES) de Limoges qui est intervenu en amont de cette Masterclass en nous fournissant des données chiffrées sur les retombées économiques de l’Euro 2016 et les projections des JO 2024.

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