• La nouvelle vie de la mémoire audiovisuelle du sport (INA)

    Guillaume Ploy, juriste de formation et intervenant AMOS Sport Business School, évolue depuis plus de 15 ans au sein d’un acteur phare du paysage audiovisuel français : l’INA. L’Institut National de l’Audiovisuel œuvre pour la pérennisation et la transmission de la mémoire du sport aux nouvelles générations, ce qui est également la vocation d’une école comme AMOS. Riche d’une bibliothèque de contenus à la valeur inestimable, l’INA a plusieurs missions : il répertorie l’ensemble des productions audiovisuelles et radiophoniques diffusées sur le territoire et permet leur commercialisation. Parmi les thèmes des contenus disponibles, le sport occupe une place de choix. Guillaume Ploy nous en dit plus sur leur acquisition et les défis à relever dans ce domaine.

    Vous avez commencé votre carrière au sein de l’INA en tant que Business Affairs de contenus sportifs. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consistait ? 

    Lorsque je suis arrivé à l'INA, ma mission consistait à lever les obstacles juridiques à la vente de contenus sportifs. Mon travail a commencé par identifier les acteurs du sport, puis « sourcer » les images et me plonger dans la législation et les règlements intérieurs des Fédérations. L’importance du catalogue "Sport" de l’INA, qui se compte en millier d’heures, a permis le dialogue avec les organisateurs d’événements sportifs. En effet, l'INA possède une grande quantité de retransmissions sportives, que ce soit sur le Tour de France, Roland-Garros, la Coupe de France de football, etc. Nous avons ces images depuis leur premier passage à la télévision, en 1947 ! Avec l'ensemble de ces éléments, je suis allé voir les acteurs du sport. Nous avons, ensemble, conclu des partenariats ayant pour objet la distribution commerciale de ces images auprès des professionnels de l'audiovisuel et des médias.

    Qui sont les premiers consommateurs de ces contenus sportifs ? 

    Les médias professionnels cherchent du contenu "sport" pour illustrer une actualité, réaliser le portrait d'un athlète ou produire des documentaires. Ces dernières années, des marques associées à une compétition ou à un athlète se manifestent également pour produire des programmes courts à vocation corporate comme, par exemple : Le Coq Sportif pour les 30 ans de la victoire de Yannick Noah à Roland Garros (1983) ou les 40 ans de l'AS Saint Etienne (1976) en finale de la Ligue des Champions.

    Vous avez participé à l’acquisition de plus de 11 000 heures de contenus vidéo. Outre leur indexation et leur commercialisation, l’INA exploite-t-elle ses propres contenus ?

    Complètement. Il y a une approche BtoC à travers la plateforme grand public INA.fr et les réseaux sociaux sur lesquels nous sommes présents avec 452 millions de vidéos vues en 2017, toutes plateformes confondues. Il y a également une approche BtoB avec la distribution commerciale d’environ 1 million 500 000 heures de contenus vidéo, son ou photo auprès de 11 000 professionnels. Enfin, nous avons une activité de producteur audiovisuel pour le compte de diffuseurs TV en France et à l’international. Il s’agit d’un autre moyen de garantir l’exploitation de nos contenus avec une soixantaine de productions documentaires chaque année.

    Vous êtes à présent Chef de projet marketing. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos nouvelles missions ?

    Mon activité est centrée sur l’e-commerce ou comment mieux servir nos clients en transposant les habitudes de consommation du BtoC au BtoB. L’enjeu stratégique principal est de proposer un service simple et rapide à nos clients et prospects. Ce sont, notamment, les nouveaux acteurs du digital et de la communication pour lesquels faire appel à l’INA n’est pas naturel, face à la quantité de contenus à disposition. Mon activité consiste donc à penser une offre éditoriale et commerciale répondant quotidiennement à leurs besoins. Dans cette stratégie e-commerce, le sport aura une place à part et pourra, in fine, servir les intérêts de nos partenaires sportifs. Ils pourraient utiliser notre plateforme de distribution en marque blanche.

    Selon vous, quels seront les prochains challenges à relever ?

    Pour l’INA, le challenge en matière sportive reste l’acquisition de nouveaux contenus, au-delà des retransmissions. Il faudra chercher des nouveaux formats ainsi que des sports plus confidentiels. La production est importante mais les producteurs, les journalistes et les organisateurs sportifs se concentrent sur la diffusion immédiate de leurs productions, en délaissant la réflexion sur le devenir de leurs images. C’est ici, sur ce terrain, que l’INA a un rôle à jouer : se rapprocher toujours plus des créateurs de programmes sportifs pour les accompagner dans cette démarche de valorisation en leur faisant bénéficier du savoir-faire de l’INA en matière de conservation, de mise en avant des programmes et de distribution de contenus audiovisuels.

    Pour le monde sportif, le grand enjeu que j’identifie est la visibilité des sports moins médiatisés. Aujourd’hui, comme le souligne régulièrement le CSA, plus le sport est présent à la télévision, plus il s’agit de football. Le CNOSF via l’ANOF (Académie Nationale et Olympique Française) avait initié cette problématique en mettant en place son programme Mémos, destiné à transmettre la mémoire du sport. Et France Télévisions remplit parfaitement sa mission de service public en mettant à l’honneur des disciplines habituellement peu représentées. Toutefois, des efforts doivent encore être faits. Cela passe par un accompagnement de ces acteurs sportifs afin de les aider à mieux appréhender la matière médiatique, les aider à monétiser leurs droits et leur marque, les aider à construire une offre en phase avec les souhaits des diffuseurs et des distributeurs et prenant en compte la diversité et la multiplicité des supports de diffusion à disposition. Les réseaux sociaux bouleversent également le monde de la diffusion et de la communication et on voit bien que le marché des droits audiovisuels bouge énormément depuis trois ou quatre ans avec l’entrée des Facebook, Amazon Prime, Twitter, etc.
    Propos recueillis par Christina Carabin, chargée de communication, AMOS Paris

     

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