• Quels paris olympiques pour 2024 ?

    Quels paris olympiques pour 2024 ?


    « Faire bouger les lignes »...

    La formule ci-dessus est au programme des JOP de Paris 2024 comme l’ont montré aussi bien le COJO parisien que le CIO. C’est en effet par la voix de Tony Estanguet président de l’organisation des JOP qu’a été  annoncé l’ouverture du marathon olympique au grand public. C’est un évènement totalement inédit dans l’histoire des Jeux. Mais les lignes olympiques de 2024 bougent sans aucun doute. En témoigne aussi l’arrivée de nouveaux sports à Paris.  En effet, dans le cadre de la présélection de disciplines absentes des JO à ce jour un programme novateur se dessine. Pour leur succès et leur pérennité les Jeux ont effectivement  besoin d’être en phase avec les évolutions de la société : « Les Jeux doivent se connecter avec leur époque … On doit se connecter aux sports qui cartonnent pour qu’ils complètent le programme et ils doivent apporter une dimension urbaine, artistique et de pleine nature. Ils doivent parler aux jeunes. Notre ambition : avoir des épreuves spectaculaires, faire sortir le sport des stades » a déclaré le président du COJO parisien. Ainsi la breakdance a-t-elle été retenue par le COJO. Il s’agit pour l’heure d’une hypothèse qui rompt avec la tradition purement sportive et compétitive des disciplines : ce qui confirme aussi le souci des instances olympiques d’être en prise avec les pratiques favorites des jeunes. L’éloignement  de ces  publics a constitué une alerte pour le CIO car comme le rappelle Jean-Loup Chappellet un expert helvétique proche de l’organisme, dans son ouvrage (1) « Il y a un désintérêt croissant des jeunes pour la retransmission TV des Jeux. L’âge moyen se situe entre 38 et 46 ans. » 

    L’ouverture sur la breakdance a immédiatement suscité des réactions opposées traduisant les effets du bouleversement. L’une émane de la discipline elle-même : « C’est extraordinaire, sachant que ça vient de la rue, que c’est entré dans les théâtres puis ça prend une nouvelle dimension avec les Jeux olympiques », s’enthousiasme Gabin Nuissier, directeur artistique d’Aktuel Force, une compagnie parisienne de breakdance. L’autre s’offusque de cette arrivée inattendue :« J’accepterais que l’on perde contre le squash, mais contre le breakdance, c’est hallucinant ! » a déclaré Jean-Pierre Guiraud, président adjoint de la Fédération française de billard.

    En ouvrant ainsi le sanctuaire olympique au profane et en particulier aux jeunes urbains, les JOP de Paris 2024 inaugurent-ils un tournant dans les formats et contenus des Jeux ? C’est à souhaiter. Car les lignes bougent aussi pour le processus de candidatures des villes intéressées par l’accueil des JO. Une décision récente du CIO vient d’initier un examen approfondi sur ce sujet devenu très sensible pour le mouvement olympique. Pourquoi ? parce que pour la première fois dans l’histoire des Jeux  le CIO, faute de candidatures,  a dû désigner en même temps les villes hôtes de deux éditions de Jeux d’été, Paris 2024 et Los Angeles 2028 cette dernière étant aussi candidate pour 2024. Depuis le début de ce XXI-ème siècle une série de défections a affecté la crédibilité de  processus : plusieurs cités candidates se sont retirées de la course olympique après consultations des populations,  comme Hambourg, Budapest, Rome, Madrid, Boston, Vienne pour l’été, St Moritz, Munich, Oslo pour l’hiver : les prochains JO d’hiver  de 2022 avaient  trouvé comme candidats finaux deux villes d’Asie, Pékin et Almaty au Kazakhstan. Ces signaux forts donnés par le mouvement olympique visent donc essentiellement à tenter d’adapter les Jeux aux nouvelles pratiques physiques et ludiques qui rencontrent un succès d’audience et économique qui ne se dément pas. Néanmoins s’agissant du Marathon de Paris 2024 son ouverture sera limitée à l’organisation d’une épreuve sur le même circuit et à une date différente de celle des Jeux. Ce ne sera donc pas une course mêlant sélectionnés olympiques et amateurs de running comme c’est déjà le cas dans les marathons sur la planète. En effet, depuis les années 70 (voir le film « Free to run » de Pierre Morath) la marque de fabrique des marathons est liée à ce mélange des niveaux et des genres sans que cela ne pose aucun problème de compatibilité entre participants amateurs et professionnels bien au contraire ! D’ailleurs le nouveau record du monde du marathon masculin en atteste puisqu’il a été obtenu au Marathon de Berlin en 2018 ouvert au public. Le marketing urbain a donc trouvé avec ces épreuves de masse où sont présents les meilleurs runners une occasion en or de développer la notoriété et le business global des métropoles concernées.



     
    Le sport ne va pas tout révolutionner mais c’est un moyen de faire bouger les lignes - Tony Estanguet



    JO et sport pour tous : même combat ?

    Mais si coller aux évolutions exige de faire bouger les lignes cela ne suffit pas : ainsi le karaté longtemps ignoré des Jeux  sera présent à Tokyo 2020 tout en sachant qu’il ne sera plus aux JOP de Paris….

    C’est pourquoi le CIO a crée des « Jeux Olympiques de la Jeunesse » (été/hiver) pour les 14-18 ans, sorte de laboratoire expérimental avec des épreuves mixtes : pour capter une jeunesse sportive avide de nouvelles expériences en lien avec leurs modes de vie, comme avec leurs usages connectés expliquant notamment l’essor de l’e-sport etc….Toujours dans le même ordre d’idées pour faire bouger les lignes un autre pari olympique audacieux a été affiché pour les JOP 2024 : il concerne l’héritage durable des Jeux au-delà du succès escompté de leur tenue dans la capitale.  Le COJO et le gouvernement ont ainsi affiché leur volonté de viser un double objectif avec   80 médailles  d’un côté et 3 millions de pratiquants sportifs supplémentaires de l’autre. Si, sur le premier point les expériences du passé attestent d’une telle possibilité il n’en va pas du tout de même pour l’héritage au sein de la société avec un effet « sport pour tous ». Mais l’histoire ne plaide pas en ce sens comme l’écrit Jean-Loup Chappelet (livre cité) contrairement à une idée reçue il n’y aucun exemple dans les éditions olympiques d’été comme d’hiver depuis plus d’un siècle où les résultats sportifs, fussent-ils excellents, ont eu un effet positif sur l’élargissement de la pratique sportive. L’auteur apporte des preuves à l’appui de son analyse quelque peu iconoclaste mais fondée : « Mike Weed (2) et plusieurs collègues ont examiné 296 recherches scientifiques publiées : aucune ne montre d’effets de démonstration (trickle-down effect) et à cause de la non exploitation de l’effet de levier par des politiques publiques et financements appropriés. Par contre l’effet Jeux a eu un effet très important sur les résultats sportifs du pays hôte (Athènes 16 médailles grecques au lieu de 4 à Pékin) : dont acte. Il n’y a donc pas eu de « en même temps » formule très en cour actuellement, à savoir un gain de médailles et un renfort de la pratique sportive pour tous les publics. Ce « en même temps » ne peut être le résultat d’aucune automaticité entre les 2 objectifs. Il est souhaitable et possible avec  un projet  volontaire. Seule peut-être, l’édition des JO de Paris 1900 (snobée d’abord par Coubertin) avait, sous l’influence du gouvernement républicain réussi à sensibiliser et à mobiliser des publics scolaires comme populaires sur les six mois de durée des Jeux… En 2019 la nouvelle gouvernance du sport français qui a été installée a elle aussi l’objectif de booster les pratiques autonomes et multi formes à l’occasion des JOP. Mais s’agissant de la « politique d’héritage » comme des fonds prévus à cet effet leur mise en oeuvre a été différée à une date ultérieure…. Pour l’heure nous assistons  donc à l’ ajournement sine die « d’une structure dédiée à l’héritage des jeux olympiques et paralympiques de 2024 évoquée dans le dossier de candidature comme un troisième organe de gouvernance ; il était envisagé qu’une telle structure labellise les bonnes pratiques en matière d’héritage et soutienne des projets innovants ; toutefois, la création de cette structure n’est pas encore intervenue, aussi n’a-t-il pas été prévu à ce stade de financement spécifique pour cette action ». Cette analyse extraite du Rapport parlementaire 2018 sur le Budget des sports écrit par Mesdames Perrine Goulet et Sarah El Haïry, députées refroidit quelque peu les ardeurs olympiques. La partie est-elle déjà jouée voire perdue d’avance ?...  Loin de là heureusement comme nous le verrons dans l’édition suivante.
    Rédigé par Alain Arvin-Bérod, Directeur Académique, AMOS Sport Business School

    (1)« Ravivez la flamme olympique » Jean- Loup Chapellet Collection « Le savoir suisse » (Presses polytechniques et universitaires romandes) 2017.

    (2) Professor Université Canterbury Christchurch UK

     

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