• La sécurisation de l’événementiel sportif : un défi de taille

    La sécurisation de l’événementiel sportif : un défi de taille
    Le 15 mars dernier, AMOS Paris organisait sa troisième et dernière Master Class de l’année. Animée par Rodolphe Denis, le Directeur du campus, elle avait pour thème : la sécurisation de l’événementiel sportif. A cette occasion, trois professionnels ont répondu présent et ont partagé leur expertise avec nos étudiant(e)s :

    • Sylvère Chamoin, Fondateur de Sycalima Conseil et Consultant indépendant, Expert achat et exploitation dans l’événementiel du sport et du spectacle,

    • Thierry Marchand, Dirigeant de CALISTE, un expert de la gestion globale des risques événementiels et sportifs,

    • Un spécialiste du renseignement dont l’identité ne pourra être dévoilée au sein de cet article


    Retour sur une matinée riche en débats sur les problématiques de la sécurité des événements sportifs.

    Un événement, de multiples risques

    Spécialiste du renseignement : « Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas la sécurité qu’il n’y en a pas. Justement, pour qu’elle soit efficace, il ne faut pas la voir. Les risques sont multiples lors d’un événement sportif : les attentats, les bagarres, les engins pyrotechniques, les pickpockets… Mon rôle est d’anticiper et d’identifier les menaces pour mettre en place les dispositifs de sécurité appropriés. Par exemple, lors de l’EURO 2016, trois tentatives d’attentats ont été déjouées, et le dispositif que nous avions mis en place à cette occasion sera repris par les Russes pour la prochaine Coupe du Monde. »

    T. Marchand: « En tant qu’organisateur, il est primordial d’éviter de se focaliser sur un seul risque, même s’il est majeur, comme le risque d’attentat par exemple. Historiquement, ce sont les conséquences de mouvements de foule qui ont été les plus dramatiques dans le sport. Les dispositifs de sécurité « visibles » et « discrets » sont complémentaires. Les premiers permettent de prévenir les actes malveillants en montrant notre capacité à les éviter et y répondre. La sécurité invisible, quant à elle, permet d’anticiper, d’analyser et d'agir face aux actions concertées. La première est très importante pour encadrer et maîtriser le flux humain mais la seconde reste essentielle pour prendre le recul nécessaire face aux situations tendues. Dans cet esprit, la vidéo protection est devenue un outil indispensable. Pour être efficace, elle doit malgré tout être gérée en temps réel et être complétée par l’action « humaine ». Des supporters qui débarquent sur une pelouse ? Ça s’anticipe. La vidéo permet de repérer les comportements précurseurs et l’action des équipes en place empêche leur réalisation soit par négociation, soit par blocage. »

    S. Chamoin: « Le marché de la sécurité évolue. Dans le cadre de la sécurité anticipative, nous faisons de plus en plus appel à des physionomistes, c’est-à-dire des personnes capables de repérer les attitudes anormales lors des rassemblements. »

     

    L’évolution des relations entre les organisateurs et les prestataires

    S. Chamoin: « Avant, un organisateur s’intéressait principalement au coût des prestataires. La façon dont ils travaillaient était secondaire. Aujourd’hui, nous intégrons des enjeux de développement durable, c’est-à-dire que nous prenons en compte la politique de recrutement, la politique de formation et la politique de rémunération des agents. Nous utilisons des critères « extra-financiers » afin de limiter les risques de défaillance des prestataires. Nous nous rendons au siège social pour échanger avec les principaux décideurs et sur des sites clients du prestataire pour questionner les agents. Nous sommes passés d'une relation client-prestataire à une relation client-partenaire dans une démarche gagnant-gagnant. Auparavant, un prestataire pouvait avoir l’intégralité du marché sur un site événementiel. Ce n’est plus possible. Par exemple, au Stade de France, en mode « veille » c’est-à-dire hors événement, vous ne travaillez qu’avec un prestataire qui s’occupe de la sécurité incendie et du gardiennage. En mode événement, vous travaillez avec une dizaine de prestataires. Un seul prestataire n’est pas capable de fournir les 1200 agents nécessaires au bon déroulement d’un événement. De plus, la prestation de sécurité se décompose en plusieurs missions comme par exemple la palpation, le contrôle aux portes, le contrôle et l’orientation en tribunes, l’aide aux personnes à mobilité réduite. Un prestataire a généralement deux missions maximum à sa charge, en sachant qu’il peut exister jusqu’à 15 missions différentes à assurer en fonction des besoins du site et de l’événement. »

     

    L’agent de sécurité : cet acteur essentiel 

    T. Marchand: « Pour nous, prestataires privés, avoir des agents de qualité est primordial. Pour devenir agent de sécurité, il faut avoir une carte professionnelle, délivrée par le CNAPS, obtenue après 180 heures de formation et validée par un diplôme, puis complétée par une enquête de moralité. Aujourd’hui, il est impossible de donner un travail suffisamment régulier à un agent pour qu’il ne soit salarié qu’auprès d’un seul prestataire. Le modèle social des sociétés privées en événementiel repose sur un réservoir unique d’agents formés, expérimentés et sollicités par les entreprises qui interviennent. Que faire quand plusieurs événements sportifs ont lieu au même moment ? Autre problématique autour des agents de sécurité : le déficit de personnel féminin dans ce secteur. La palpation étant genrée, le fait qu'il y ait moins de femmes dans ce secteur fait qu'elles sont parfois mieux rémunérées ou sur-sollicitées. »

     

    Des coûts non négligeables

    T. Marchand: « Il n’y a pas que des dispositifs de sécurité privée lors d’un événement. En effet, la sécurité et le maintien de l’ordre en-dehors de l’enceinte sportive relèvent de la responsabilité des autorités publiques. Elles décident des moyens à déployer mais cette sécurité reste financée par l’organisateur de l’événement. Par conséquent, cette coproduction de la sécurité n’est pas aisée à plusieurs niveaux, dont celui des finances. L’événementiel sportif, ce n’est pas que Paris, pas que le football et pas que les stades. Les problématiques sont donc multiples et la question du coût de la sécurité et de son financement peuvent avoir un impact négatif sur la pérennité même de certains événements. »

    R.Denis : « Par exemple, dans le cyclisme, un dispositif avait été mis en place par le gouvernement afin de permettre aux organisateurs de ne pas facturer les services de sécurité. Cette aide n’est plus d’actualité, ce qui inquiète les organisateurs puisque de plus en plus de courses sont annulées chaque année. Cette problématique va jusqu’à mettre en péril l’existence même des événements. »

     

    Le marché de la sécurisation de l’événementiel sportif est donc un secteur aux problématiques diverses. Afin de coller toujours plus aux réalités du terrain, les différents acteurs ne cessent d’évoluer avec, en tête, un objectif commun : permettre au public de vivre une manifestation sportive dans les meilleures conditions possibles.

     

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