• JULIEN PIERRE : « JE CROIS QU’IL Y A UNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTIVE QUE NOTRE MODE DE CONSOMMATION EST DANGEREUX POUR NOTRE PLANÈTE ET QU’IL EST TEMPS DE CHANGER »

    JULIEN PIERRE : « JE CROIS QU’IL Y A UNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTIVE QUE NOTRE MODE DE CONSOMMATION EST DANGEREUX POUR NOTRE PLANÈTE ET QU’IL EST TEMPS DE CHANGER »
    L’ex-international du XV de France, Julien Pierre, a récemment lancé « Fair Play For Planet », le 1er label vert pour les clubs et les organisations sportives. Fidèle partenaire de l’école AMOS, elle-même très engagée sur les questions RSE et environnementales, l’ancien international de rugby livre, pour Sport Stratégies, ses impressions sur un secteur en pleine mutation.

    Vous avez récemment lancé votre label vert avec Fair Play For Planet. Expliquez-nous de quoi il s’agit !


    FPFP est le 1er label qui vise à reconnaître les clubs et évènements sportifs ayant un réel engagement environnemental.

    Comment fonctionne ce label et comment séduisez-vous les clubs qui y adhèrent ?


    Notre concept est simple : nous avons créé un référentiel comprenant 300 questions et 18 sujets à thématique environnementale comme le transport, l’énergie, la gestion des déchets, l’alimentation. Les caractéristiques de ce référentiel ont été identifiées avec l’ADEME, l’agence de la transition écologique. Ce premier travail est une sorte d’auto-diagnostic ; à la suite de cela, nous envoyons sur place nos équipes d’auditeurs qui ont la charge de vérifier et de constater ces informations sur le terrain.

    Enfin, après avoir fait un bilan des deux premières étapes, nous donnons une note au club (ou évènement), qui déterminera son niveau de labellisation, ainsi qu’un ensemble d’axes d’améliorations et de préconisations nécessaires pour obtenir le niveau de label supérieur.

    Le sport est-il en train de se reconstruire selon de nouveaux modèles où les aspects RSE et environnementaux sont devenus incontournables ? Pourquoi ?


    À l’image de notre société, on constate ces dernières années une véritable prise de conscience des différents acteurs du sport sur le futur de leur activité. Selon moi, la RSE va faire partie intégrante du monde du sport dans les prochaines années. Le sport doit d’autant plus activer son levier de sensibilisation et éducatif, pour avoir un réel impact sur les mentalités sur le long terme.

    Les clubs sont, par nature, des acteurs sociaux/ sociétaux mais ils intègrent de plus en plus les notions environnementales dans leurs différents managements.

    Comment expliquer un tel changement radical en quelques années à peine ?


    La crise sanitaire ne va-t-elle pas accentuer ce phénomène ? Je crois qu’il y a une prise de conscience collective que notre mode de consommation est dangereux pour notre planète et qu’il est temps de changer.

    Et, en effet, la crise sanitaire actuelle pourrait accélérer considérablement cette prise de conscience, du fait des nombreux changements dans nos vies quotidiennes. Cela représenterait un des bons points à retenir de cette pandémie.

    Le monde du sport, « exposé » car médiatique, a pris pleinement conscience que ces enjeux sont primordiaux pour son développement et peut-être même pour qu’il perdure, certaines études récentes montrent que les fans sont prêts à boycotter les évènements qui ne seront pas écoresponsables.

    Ces nouveaux modèles amènent forcément de nouvelles compétences au sein de structures sportives. Quelles sont-elles ? Les professionnels de demain devront-ils nécessairement être sensibilisés à ces questions ?


    Dans toutes les actions que j’ai pu mener, en tant que joueur de rugby, président de La Passerelle Conservation (Fondation pour la Protection de l’Environnement) ou président de Fair Play For Planet, j’ai toujours pensé que l’éducation et la formation sont les piliers pour apporter des changements durables dans notre société.

    Il faudra, bien sûr, sensibiliser et former les nouvelles générations et faire reconnaître ces nouveaux métiers qui émergent au sein des clubs. Ces nouvelles compétences doivent devenir la norme de demain.

    Comment accompagner au mieux ces mutations ? Est-ce important de le faire dès l'école ?


    Aider les clubs et évènements à s’engager correctement dans le virage que prend le monde du sport est une réelle volonté chez Fair Play For Planet. Sport et Éducation vont, depuis toujours, de pair. Évidemment, les jeunes gens doivent être sensibles et sensibilisés au défi qui sera le leur demain : la préservation de l’environnement.

    Je pense qu’il est primordial que les jeunes générations soient, dès aujourd’hui, considérées comme des acteurs à part entière dans ce changement sociétal. Nous sommes conscients de cela chez Fair Play For Planet et aimerions mettre en place des actions allant dans ce sens ; c’est une chose à laquelle nous réfléchissons énormément.

    D’ANCIEN INTERNATIONAL DE RUGBY À FONDATEUR D’UN LABEL VERT... UN VIRAGE À 180° ?


    « Ce n’est pas tout fait un virage. Il s’avère que je suis sensibilisé depuis très longtemps au sort de notre environnement. Ayant grandi dans un parc animalier, ma famille m’a légué une certaine forme d’héritage. J’ai d’ailleurs créé ma propre fondation La Passerelle Conservation*, il y a une dizaine d’années, afin d’œuvrer pour la préservation de la biodiversité de notre nature.

    Ma carrière de rugbyman professionnel ne m’a pas éloigné des combats environnementaux. Au contraire, en tant que sportif de haut niveau, non sans ignorer l’impact carbone du périmètre sportif, j’étais convaincu que le sport disposait d’une puissance fédératrice, capable de faire passer des messages positifs. Il existe bien des chartes telles que celles de WWF et du ministère des Sports. Par contre, aucun outil n’avait été imaginé pour engager, motiver et structurer les clubs et organisations sportives dans une démarche environnementale.

    Conscient de ce manque, j’ai donc repris mes études à la fin de ma carrière sportive pour m’emparer de cette question. La création d’un label dédié fut d’ailleurs l’objet de mon mémoire. Fair Play for Planet est née comme ça, dans le but d’accompagner les clubs professionnels et amateurs, mais aussi partenaires et supporters, vers l’écoresponsabilité. »

    *La Passerelle Conservation est un fonds de dotation créé par le Parc Animalier d’Auvergne et Julien Pierre, dont l’ancien international du XV de France assure aujourd’hui la présidence. La Passerelle Conservation a pour vocation de récolter des fonds à destination de programmes de sauvegarde d’espèces menacées en Auvergne et dans le monde, mais elle travaille également sur ses propres projets, notamment un projet pédagogique sur les forêts anciennes en Auvergne.

    La Passerelle Conservation a deux axes d’action principaux : la protection des espèces menacées et de leur habitat et la sensibilisation du grand public à la protection de l’environnement. Elle agit pour la protection des espèces en voie de disparition partout dans le monde, ainsi qu’avec des associations de protection de la faune et de la flore auvergnates afin de protéger la richesse exceptionnelle de notre patrimoine.
    Propos recueillis par Alain JOUVE, rédacteur en chef Sport Stratégies. Parution dans Sport Stratégies Hors-Série Formations avril 2021.

    Crédits photo : Sport Stratégies.

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